Média en live : mode d’emploi

Web et réseaux sociaux sont devenus de véritables lieux de circulation de l’information. Leur force : permettre de suivre des évènements en temps réel. Pour un journaliste, qu’est-ce qu’un « live » réussi ? Réponse lors de la table ronde organisée ce jeudi 16 octobre à ce sujet, aux Assises du Journalisme, à Metz.

9h30, déjà des dizaines de tweets postés. Comme toujours, et pour n’importe quel évènement. Aujourd’hui, jeudi 16 octobre, ces tweets annoncent ou tentent de « couvrir » une conférence sur… les tweets, justement. Ou plutôt sur le traitement de l’information « en live ». Live-tweet donc, live-blogging également. Pour les journalistes, ces nouvelles méthodes de communication en temps réel sont encore à parfaire. Nous sommes à Metz, au premier jour des Assises du Journalisme 2014.

Le débat sur les méthodes des médias en matière de couverture live de l’information, animé par Nathalie Pignard-Cheynel, maître de conférences à l’Université Lorraine. (Crédits : S.Shojaei)

Le débat sur les méthodes des médias en matière de couverture live de l’information, animé par Nathalie Pignard-Cheynel, maître de conférences à l’Université Lorraine. (Crédits : S.Shojaei)

 

Qu’est-ce que la couverture live ?  Le live-tweet ou le live-blogging est le fait de publier de courts messages contenant une information et que l’on actualise en fonction de l’évolution de l’évènement. A travers un tweet ou sur le site internet d’un média, la promesse reste la même : faire vivre l’évènement en direct à l’internaute. Du texte, du son, des liens hypertextes, des photos, des vidéos… pour une parfaite immersion au cœur de l’évènement. Le tout en offrant la possibilité aux internautes de commenter ou d’apporter eux-mêmes des informations.

Quand commencer un « live » ?  Il n’y a pas de règle. Jonathan Parienté, rédacteur en chef adjoint du Monde.fr détaille sa stratégie: « On commence un traitement live lorsqu’on se rend compte que les lecteurs y gagneront, c’est-à-dire quand on n’a pas assez de contenu pour faire un papier ou quand le contenu reste encore à vérifier mais que de nombreuses rumeurs circulent. » « En clair, quand l’évènement s’emballe et qu’on ne peut pas gérer tous les angles », résume Steven Jambot, journaliste collaborateur régulier de France 24.

Comment le faire ?  C’est un travail très exigeant. Selon Ludovic Blecher, il s’agit d’« organiser tout le bruit que les réseaux sociaux font ». D’où le laps de temps entre ce « bruit » désorganisé et le décryptage proposé par les médias. Ce temps est nécessaire pour répondre aux premiers principes du journalisme : vérifier l’information et la contextualiser. Pour aider les rédactions web, les journalistes envoyés sur le terrain twittent en live, confirment ou infirment les rumeurs qui circulent (sur les réseaux sociaux ou à travers les commentaires sur les live-blogs de médias).

Des conseils à suivre ?  Avant tout, ne pas sous-estimer la relation avec le lectorat. Steven Jambot l’explique : « Le traitement live nous pousse à la transparence, à désacraliser notre position et à nous rendre plus humbles. Il n’y a aucune honte à dire : « pour l’instant, on ne sait pas donc on ne communique pas ». La crédibilité, c’est ce que le public cherche et c’est ce qui fait qu’il revient s’informer chez nous ». Les commentaires des internautes et les tweets réponses sont alors des éléments-clés du live-blogging.
Ne pas non plus parler pour ne rien dire. Même si les internautes ont horreur des « blancs », de ces moments de vide durant lesquels les rédactions ne mettent plus à jour leurs informations, il faut pourtant les assumer. « Si c’est nécessaire, mettre en avant des productions passées sur le sujet, rappeler que le travail de vérification des infos est en cours, mais également que le fait de diffuser certaines infos trop vite peut être source de danger. » Cette dernière idée, formulée par Steven Jambot, fait notamment référence aux exécutions d’otages. La diffusion de ce genre d’information est à organiser avec précaution, pour ne pas aggraver les situations.

Quand fermer un « live » ?  Quand le contenu est assez « costaud » pour produire un vrai papier. « Parfois, il est nécessaire de faire perdurer le live pendant des jours et des jours, assure Steven Jambot. Je me souviens notamment de la catastrophe de Fukushima, pour laquelle le live a duré plus d’une semaine, de jour comme de nuit. »

En clair, chers journalistes, n’ayez honte d’arriver « en retard ». Le public n’attend pas de vous de l’instantané (disons, pas seulement), mais plutôt de l’exactitude, de la vérité et de l’analyse. Et il n’y a pas de mystère : le temps est tout ce dont vous avez besoin pour produire de la qualité.

Suzanne Shojaei

À l’issue de l’atelier, des étudiants en école de journalisme partagent leur avis :

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