Médias locaux et communication territoriale : amis ou ennemis ?

Communicants et journalistes sont souvent amenés à travailler ensemble. Face à cette proximité qui prête parfois à confusion, des questions se posent…

Quels sont les risques et enjeux de cette proximité ? Comment concilier communication et information ? Le débat animé par Alain Doudiès lors de cette première journée des Assises abordait de nombreuses réflexions déontologiques. « Un journaliste digne de ce nom refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication », tel est le 11ème devoir inscrit dans la charte de déontologie. Mais dans la pratique cette condition est-elle réellement respectée ?

Entre indépendance et partenariat, l’équilibre est difficile

Emmanuel Deshayes, rédacteur en chef de France 3 Lorraine, relève un beau défi : « Nous sommes très liés au maillage institutionnel mais nous veillons à traiter les sujets comme nous le souhaitons ». Pour lui, informer et communiquer sont deux vocations tout à fait différentes. France 3 possède des bureaux départementaux qui travaillent en relation avec les collectivités. Le développement de la télévision régionale en France s’est fait dans un mouvement d’aménagement du territoire.

Le journalisme, considéré à juste titre comme un pilier de la vie locale doit laisser place au débat public et à la démocratie. Mais aujourd’hui, selon le baromètre biennal Épiceum/Harris Interactive, 8 personnes sur 10 s’informent sur l’actualité dans leur commune préférentiellement par le journal municipal. Philippe Lancelle, directeur de la communication au Conseil Régional de Franche-Comté, est quotidiennement en relation avec les médias. « Nous travaillons en collaboration avec France 3 Franche-Comté, L’Est Républicain, France Bleu Besançon… », détaille-t-il, insistant sur « la complémentarité entre communication et journalisme ». La population doit ainsi être de plus en plus vigilante pour différencier la communication politique de l’information journalistique.

Philippe Lancelle, responsable de la communication en Franche-Comté échange avec Emmanuel Deshayes, chef de rédaction à France 3 Lorraine. (Crédit photo : Raphaëlle Daloz)

Philippe Lancelle, responsable de la communication en Franche-Comté échange avec Emmanuel Deshayes, chef de rédaction à France 3 Lorraine. (Crédit photo : Raphaëlle Daloz)

Des budgets inégaux

Dans différentes régions françaises, les moyens sont parfois disproportionnés entre des journaux locaux aux budgets modestes et les financements alloués aux journaux de communication institutionnelle. Environ 10 000 euros sont dépensés pour la création et la diffusion de Franche-Comté, le mag pour chaque numéro. Le magazine franc-comtois ne traite pas uniquement d’informations politiques : il développe aujourd’hui et de manière croissante des pages sur l’événementiel et les personnalités locales pour attirer les lecteurs. Dans ce contexte où l’information dans les magazines territoriaux se rapproche de celle délivrée par la PQR, l’offre « gratuite », c’est-à-dire celle qui relève de la communication politique, sera sûrement privilégié par les habitants. Pour Philippe Lancelle « La différence se fait sur le traitement de l’information, le journal indépendant peut prendre plus de recul mais il peut également se permettre des critiques et des angles différents ». Fabien Surmonné, chef d’agence du Républicain Lorrain souhaite « revenir à une information de qualité, mener des enquêtes sur le terrain pour aller audelà des communiqués ». Mais pour cela, il faudrait certainement des effectifs plus conséquents et, donc, un budget en hausse.

Communicants et journalistes, le tandem peut être dangereux pour l’indépendance de la presse locale. Les médias s’inscrivent dans un territoire, lié donc, à une vie locale, politique et culturelle. Mais les relations entre information, publicité et communication politique tendent à se complexifier considérablement. De vives tensions peuvent voir le jour, avec des journalistes sous pression qui ont parfois le sentiment que leur travail est assimilé par les lecteurs à de la communication politique. Les règles du jeu ont alors sans doute besoin d’être redéfinies pour ne plus laisser place à l’ambiguïté entre information et communication.

Raphaëlle Daloz

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