Buzzfeed relève-t-il du journalisme ?

Jeudi 16 octobre, le vice-président de Buzzfeed, Scott Lamb, présentait la stratégie de son média concernant la circulation et le partage de l’information sur les réseaux sociaux.

Scott Lamb développe la stratégie de partage des contenus de Buzzfeed sur les réseaux sociaux. (Crédit photo : Jérémy Satis)

Scott Lamb développe la stratégie de partage des contenus de Buzzfeed sur les réseaux sociaux. (Crédit photo : Jérémy Satis)

 

Allez sur le site de Buzzfeed, et vous trouverez parmi les articles populaires 30 choses qui arrivent aux gens maladroits, ou Les citations d’Eric Zemmour transformées en poster pour vos toilettes. Pas franchement du journalisme d’investigation.

Ce média américain a pour stratégie éditoriale la publication de contenus facilement partageables : « les utilisateurs de Facebook veulent partager avec des amis ou des connaissances des sujets qui les ont frappés. On répond à cette demande ». En soi, et même si Scott Lamb refuse de l’admettre, c’est une course au clic déguisée qui constitue la ligne éditoriale de ce média. Sans surprise, 75% des flux du site internet proviennent de recommandations sur les réseaux sociaux. On comprend alors en creux que le contenu global de Buzzfeed n’est pas spécifiquement tourné vers l’intérêt général. Le mot Buzzfeed ne signifie pas « nourrir le buzz » pour rien…

Ce constat pose inévitablement la question du caractère journalistique des contenus du site. Mais au fond, y a-t-il réellement un indicateur permettant de trancher cette question pour chaque média ? La commission de la carte de presse semble elle-même dépassée par les mutations du métier. Ses hésitations face à la montée de l’infotainment sont réelles. L’imbroglio autour de la carte de presse des journalistes du Petit Journal de Canal + en est la parfaite illustration. De son coté, Buzzfeed légitime son appellation de « média » en martelant que ses contenus sont journalistiques et que sa rédaction produit « du journalisme social, celui de l’avenir ». Scott Lamb a «remarqué que les gens aiment de plus en plus partager des articles sérieux comme la guerre en Syrie». Le travail de fond, c’est un champ que Buzzfeed prétend couvrir en complément des articles légers qui sont sa marque de fabrique. Mais en visitant la page d’accueil du site, on peine à trouver trace d’articles fouillés. Quand bien même l’internaute finirait par tomber sur l’un d’eux, quid de la réception chez le lecteur d’une information importante entre un article traitant des techniques pour ouvrir des pistaches récalcitrantes et un autre sur les 20 phrases que les juifs ont marre d’entendre?

Ce qui est certain, c’est que s’il s’agit de journalisme, on parlerait là d’un genre particulier, à mi-chemin entre le travail de desk et le soft media. Est-il possible de considérer comme journalistique un média qui mise sur le divertissement ? La question est ouverte. Avec l’arrivée en France de Buzzfeed, la commission de la carte de presse sera peut-être amenée à s’en saisir. Fort heureusement, il reste encore du temps aux journalistes pour questionner la politique de l’émotivité et le sens de leur production.

Jérémy Satis

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