Non, le journalisme d’investigation n’est pas mort !

Se poser, prendre le temps, travailler sur une même enquête pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. C’est ce dont il était question lors de l’atelier « Les nouvelles formes du journalisme d’investigation » du 17 octobre, qui a remporté un franc succès.

Mark Lee Hunter

Mark Lee Hunter a notamment travaillé sur l’affaire Suzanne de Canson. (Crédit Photo: Nicolas Richen)

Depuis 2003, les articles de plus de 2 000 signes se font de plus en plus rares, notamment aux États-Unis. C’est ainsi qu’Aurore Gorius, auteure des Nouvelles voies du journalisme d’enquête, a introduit cet échange. Les intervenants ont martelé le même message porteur d’espoir : l’enquête renaît et reste un des piliers de la profession. Les journalistes d’investigation reviennent sur le devant de la scène.

L’investigation : une plus-value journalistique
« Le journaliste d’investigation utilise la méthode du tigre », lance Mark Lee Hunter, journaliste d’investigation et enseignant à Paris, qui a posé les bases de ce genre journalistique. Ne pas avoir peur de s’attaquer aux pouvoirs économique et politique. « Il faut assumer d’avoir les crocs. Nous ne sommes pas là pour se faire des amis », ajoute Pierre France, de Rue89 Strasbourg. Contrairement aux idées reçues, enquêter ne coûte pas si cher pour les rédactions. Elle peut même s’avérer très rentable, comme pour l’émission américaine 60 Minutes  qui, selon Mark Lee Hunter, serait « l’émission la plus rentable de tous les temps ». Pour lui, avoir un important carnet d’adresses n’est pas indispensable pour enquêter : « C’est un mythe. Un journaliste qui a un réseau de connaissances très important a plus de risques d’enquêter sur des membres de son réseau, ce qui complique son travail. » Rue89 Strasbourg vit à 90% grâce aux revenus publicitaires, ce qui ne l’a pas empêché d’enquêter sur son premier annonceur, le Théâtre National de Strasbourg. « Les arbitrages se font toujours en faveur de la rédaction », assure Pierre France.

Salle Investigation

Il manquait des places assises dans le salon Claude Lefèvre. (Crédit Photo: Nicolas Richen)

L’enquête, un investissement d’avenir
Les ONG sont le symbole de ce renouveau de l’investigation car, à l’instar de l’opinion publique, elles sont à la recherche de transparence. D’ailleurs, Matthieu Aron, directeur en charge des enquêtes sur Radio France, est convaincu qu’ « il y a une attente du public pour des formats longs. Il y a une demande pour les enquêtes et elle va croître ». En effet, il n’y a pas assez de journalistes enquêteurs. Ces derniers doivent être inventifs, travailleurs et avoir un esprit d’entreprise. Pour Tatiana Kalouguine, fondatrice du site Enquête Ouverte.info, « les journalistes n’ont jamais été bien payés. L’enquête peut rapporter 600 € pour 10 000 signes, selon les rédactions ». Cependant, les écoles de journalisme forment peu les nouvelles générations au travail d’investigation. Julia Pascual est une jeune journaliste et co-auteure avec Leïla Minano de La Guerre invisible, une enquête sur les violences sexuelles sur les femmes commises dans l’armée. Cette ancienne étudiante du CFJ de Paris regrette d’avoir eu seulement quelques heures de formation à l’enquête. Elle reconnaît avoir appris les techniques d’enquête sur le terrain, auprès de journalistes expérimentés.

Pierre France, de Rue89 Strasbourg, est enthousiaste : « Il y a un boulevard pour le journalisme d’enquête local. Nous recevons beaucoup d’informations méritant une enquête. Certaines proviennent de confrères de la PQR qui manquent d’indépendance éditoriale pour publier ces révélations mettant en cause leurs partenaires. » L’investigation représente donc un vivier d’emplois intéressant pour les nouvelles générations de journalistes. Le devoir d’enquête des médias nécessite cependant un modèle économique qui garantisse l’indépendance et la liberté éditoriale pour effectuer un travail de fond.

Elie Julien
Nicolas Richen

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