Dessiner un nouveau journalisme

L’utilisation de la création graphique pour illustrer les reportages journalistiques se développe depuis quelques années. Films d’animation, bandes dessinées et magazines ont été présentés samedi lors des Assises du journalisme à Metz. Petit tour d’horizon des œuvres qui dessinent un nouveau genre.

Certains journalistes décident de retranscrire leurs reportages en bande-dessinée. (Crédit Photo: Manon David)

Certains journalistes décident de retranscrire leurs reportages en bande-dessinée. (Crédit Photo: Manon David)

Illustrer l’actualité…

Dès les aventures de Tintin, le jeune reporteur est mis en scène dans de vrais décors. Les pays ne sont pas clairement cités mais l’on reconnaît aisément le Moyen-Orient dans Tintin, au pays de l’or noir. Si, pour le héros de Hergé, il s’agit de fiction, l’image porte également l’actualité. Jean-Christophe Ogier, journaliste chargé du rendez-vous bande-dessinée sur France Info, expose plusieurs exemples : la tapisserie de Bayeux, les unes du Petit JournalDans les années 70, le langage « bédé » s’émancipe, il n’est plus seulement utilisé pour les enfants, le mensuel Pilote puis Charlie Hebdo démontrent que l’on a le droit de parler politique, économie et société par des images. Le réel se dessine, pour Jean-Christophe Ogier « la bédé permet un certain décalage ».

Le journalisme par le dessin peut diffuser des informations sur un ton humoristique ou tragique. « L’enjeu est d’associer des faits à un talent graphique » explique David Servenay, cofondateur de La Revue Dessinée. Le journaliste peut user de son talent littéraire et poétique. L’important est toutefois de veiller à la retranscription véridique des événements en alliant par le dessin divers témoignages. Cette façon d’aborder le journalisme oblige à prendre son temps. Avec l’élaboration des planches, on est loin de l’immédiateté des tweets ou de la radio. La discrétion du carnet de dessins permet plutôt d’accéder à une réalité que l’on ne pourrait pas atteindre avec un appareil photo. Pour Jean-Christophe Ogier « On ne voit pas la société de la même manière à travers le dessin qui exprime des émotions ».

 

Des ouvrages pour  apprendre et se divertir. (Crédit Photo : Manon David)

Des ouvrages pour apprendre et se divertir. (Crédit Photo : Manon David)

…et comprendre par l’image

David Castello Lopès, coréalisateur du Chiffroscope, entend « simplifier des informations chiffrées, trop compliquées à comprendre sans l’image ». Le journaliste-scénariste écrit donc des textes légers ou drôles, et le dessinateur Léonard Cohen réalise le film d’animation sur lequel David Castello Lopès pose sa voix. Le format est court (2 minutes) et répond à une question ciblée pour ne pas « perdre » le téléspectateur. Chaque semaine, les deux réalisateurs doivent faire preuve de créativité pour imaginer une nouvelle vidéo.

Jérôme Fritel, réalisateur du film d’animation L’embuscade, y recrée l’événement marquant d’août 2008 en Afghanistan : une section de parachutistes français tombe dans une embuscade tendue par des talibans dans la vallée d’Uzbin. Dix militaires meurent, 21 sont blessés. Le film est sorti cinq ans après le drame, ce qui a laissé au réalisateur « le temps d’enquêter et de prendre du recul ». « C’était une sorte de patchwork pour reconstituer les faits, on a recueilli des témoignages » raconte Jérôme Fritel, aucune image n’ayant été tournée au moment des faits. « Ce moment important méritait d’être relaté », soutient-il, considérant que la solution alternative était de réaliser un film d’animation pour comprendre ce qu’il s’était passé :

Suite aux attentats du Wall Street Center, Pascale Bourgaux se rend deux mois durant au nord de l’Afghanistan avec l’armée. Les dix années suivantes, la reporter se rend régulièrement dans les villages afghans. « Les grands reporters ont une famille, des enfants et parfois on vit de grands moments de solitude » raconte Pascale Bourgaux. Mais à travers sa bédé Les larmes du seigneur afghan, elle peut « raconter ce voyage émotionnel, exprimer ses réflexions ». La reporteur voulait que le livre reflète les coutumes et traditions du pays, pour mieux comprendre leur mode de vie face aux extrémistes religieux. Il aura fallu prendre le temps de discuter et de comprendre, pour finalement réaliser un reportage illustré.

Sylvain Lapoix a publié la bédé Énergies Extrêmes, une enquête qui vulgarise un problème écologique et scientifique. Le journaliste a commencé son reportage en 2007. « A l’époque, confie-t-il, personne n’en parlait et maintenant, le gaz de schiste est un enjeu crucial ». Le livre s’inscrit donc désormais au cœur de l’actualité. Sylvain Lapoix voulait permettre à tous de comprendre le problème de la fracturation hydraulique, précisant : « c’est une œuvre pédagogique, j’avais le soucis de la précision ».

Couverture d'"Énergies Extrêmes". Dessin de Daniel Blancou (Édition Futuropolis)

Couverture d’ « Énergies Extrêmes ». Dessin de Daniel Blancou (Éditions Futuropolis)

La Machine à influencer, enfin, bande dessinée de Brooke Gladstone et Josh Neufeld a reçu le prix « spécial » lors des Assises. Mettre en lien l’image et le texte constitue une manière d’informer pour tour à tour simplifier, raconter un événement ou prendre du recul. Pour David Servenay « Il y a les lecteurs qui aiment l’info et ceux qui aiment la bédé ». Voilà donc une belle manière d’allier les deux.

Raphaëlle Daloz

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